Institut Languedocien de la Pierre Sèche

Pierre sèche d'hier et d'aujourd'hui

Institut Languedocien de la Pierre Sèche - Pierre sèche d'hier et d'aujourd'hui

Un art millénaire

Tout porte à penser que la pierre sèche est apparue en même temps que l’agriculture, lorsqu’il a fallu retirer les pierres qui jonchaient le sol pour dégager des espaces de terres cultivables.

Dolmen des Rascassols - Gard ; Photo H. Soria

Dolmen des Rascassols – Gard ; Photo H. Soria

Elles étaient probablement rassemblées en tas au bord des parcelles, délimitant ainsi les premiers champs de l’histoire de l’humanité. Nul ne sait à quel moment précis l’Homme se mit à les ordonnancer pour gagner de l’espace et bâtir les premiers murets de pierre sèche, mais l’archéologie nous apprend que les dolmens de l’époque mégalithique étaient déjà bâtis avec cette technique.

Les premières maisons en pierre sèche, elles, sont attestées dans la région dès 2500 avant J-C, avec la culture de Fontbouisse. C’étaient des habitations semi- circulaires, dotées de murs pouvant atteindre 1,5 mètres d’épaisseur, et recouvertes de chaumes.

L’âge du fer, vers 800 avant JC, voit la construction d’oppidums, situés sur les hauteurs dominant le paysage, et entourés de remparts en pierre sèche pour assurer la défense des sites. Il faut dire que l’époque était plutôt agitée !

Oppidum des Castels (Gard) - photo C Rutter

Oppidum des Castels (Gard) ; photo C. Rutter

Leurs habitants les délaisseront quelques siècles plus tard, une fois la paix revenue, pour s’installer dans les plaines dorénavant régies par la pax romana, mais leurs vestiges demeurent, quasiment intacts après tout ce temps.

Il ne reste quasiment plus trace, en revanche, des constructions qui se sont succédé entre l’époque romaine et les temps modernes. En effet les pierres étaient constamment réutilisées pour s’adapter aux besoins du moment. Murettes, tours de berger et autres charbonnières étaient recyclés, de génération en génération, à partir de leurs éléments constitutifs.… La pierre sèche était alors, déjà, écologique !

Le bâtisseur en pierre sèche, humble et anonyme, n’a guère sa place dans le tumulte des livres d’histoire… Mais on en trouve encore quelques traces, éparses et émouvantes, dans les documents médiévaux : les noces d’un maître maçon, ou encore cette capitelle cédée dans un acte de vente du XIIIème siècle, et plus récemment dans ce traité de la construction des chemins.

Combe des bourguignons - photo C. Hugeux

Combe des bourguignons – photo C. Hugeux

A partir du XVIIIème siècle l’accroissement de la population et l’abolition des privilèges entrainèrent une augmentation des surfaces de terres agricoles. Les garrigues, les collines, les montagnes, la moindre combe, se couvrent alors d’olivettes, de terrasses, de béals, d’impluviums, et de capitelles aussi, si utiles au stockage des récoltes, des outils, et de l’eau également, si indispensable à la vie dans ce milieu aride. La révolution industrielle également créait de nouvelles activités, et l’on vit fleurir glacières et fours à chaux au bord des routes et chemins qui se ramifiaient en étoile sur leurs soutènements de pierre sèche.

De cette époque datent la plupart des ouvrages qui parsèment et embellissent, aujourd’hui encore, nos paysages. Ce fut l’âge d’or de la pierre sèche, qui précéda de peu son déclin progressif à partir de la fin du XIXème siècle. Le ciment était bien plus rapide à couler, le chemin de fer permettait de l’acheminer depuis les usines situées au loin, et surtout, surtout…

« Ils quittent un à un le pays
Pour s’en aller gagner leur vie
Loin de la terre où ils sont nés »
(Jean Ferrat, La montagne)

Les campagnes se dépeuplèrent. Tout fut laissé en l’état, et livré au lent ouvrage du temps, mais malgré, ou peut être grâce, à cela la pierre sèche se mit à renaître.

Balade contée sur le sentier des capitelles d'Aramon ; photo F. Campanelli

Balade contée sur le sentier des capitelles d’Aramon ; photo F. Campanelli

Au départ ils n’étaient que quelques uns, curieux du passé de cette terre sur laquelle ils habitaient, et intrigués par ces vestiges sans noms à moitié recouverts par la végétation. Ils prirent leur débroussailleuse avant de se prendre de passion, et se mirent à restaurer ces sites qui témoignent de ce que furent la vie et le labeur de nos anciens, et de ce que fut leur ingéniosité aussi, parfois. Ils s’aperçurent que cet héritage présente, aujourd’hui encore, de nombreuses qualités, et pas uniquement pour le charme qu’ils confèrent aux paysages ! Les savants se mirent de la partie, et le métier de bâtisseur en pierre sèche lui aussi se mit à renaître, et il continue à le faire.

C’est amusant de se dire qu’en cela la pierre sèche fait ce qu’elle a toujours su faire depuis la nuit des temps : elle s’adapte à son époque et se découvre aujourd’hui de nouvelles expressions